nouages

décembre 2022

Guylaine Monnier, « Je m’interroge sur la façon de dire le monde »

Guylaine Monnier, « Je m’interroge sur la façon de dire le monde » Autrice et performeuse, Guylaine Monnier écrit des textes en prose poétique et des poèmes auxquels elle aime associer des formes visuelles et sonores. Elle travaille l’écriture, l’image et les formes offertes par le Net Art. Elle anime également des ateliers d’écriture. Depuis 2020, elle dirige avec Amélie Guyot la collection RADICAL(E), au sein des éditions Pupilles Vagabondes. RADICAL(E) est un tract poétique collectif ouvert aux écritures de femmes. « L’inspiration est un paysage sonore ignoré » (Punctum, performance), c’est le paysage multiforme de la création poétique que Guylaine Monnier évoque dans cet entretien. Propos recueillis par Anne-Marie Zucchelli, Paris, 12 août 2022 Modéliser le paysage par le vers « De Francis Ponge, je relis :  » De ce paysage, il faut que je fasse conserve » Le texte de Guylaine Monnier, Le ciel de Provence n’est pas de gueules, prend pour point de départ la réflexion de Francis Ponge : « [Du paysage] j’ai à dégager cette loi, cette leçon ». A la suite d’une émotion ressentie devant le ciel, en 1941 à la Mounine, entre Marseille et Aix, le poète, de retour à Roanne dans son « laboratoire verbal », écrit La Mounine, note après coup sur un ciel de Provence. Quelles leçons l’écriture de Ponge apporte-t-elle aujourd’hui ? A quelles lois soumettre l’écriture afin de la faire s’approcher du paysage au plus près ? Comment trouver cette « formule unique et déchiffrable qui suffirait à modéliser (le paysage) par le vers »? Le ciel de Provence n’est pas de gueules, Catastrophes, n° 28, février-mars 2021 Cette phrase de Ponge fait écho à beaucoup de choses et, parmi elles, à ma relation aux langages informatiques au travers desquels je cherche des codes permettant de reproduire une forme de réel. C’est un questionnement fondamental pour moi. J’écris aussi beaucoup sur la problématique de l’image, sur sa relation avec les objets, sur le réel qui nous est donné et la perception qu’on en a. Je cherche à trouver ce qui règle le monde et ce que les choses sont objectivement. Avec mon esprit logique, enclin aux sciences, je suis en perpétuelle réaction à cette interrogation. J’aime aussi le mouvement entre une poésie sensible, parfois lyrique, et une poésie objective. C’est leur confrontation qui m’intéresse. Cela peut se concrétiser en injectant un poème dans une intelligence artificielle, par exemple, ou au contraire en jouant poétiquement du littéral ou de données objectives. Dans Le Ciel de Provence, afin de dégager la loi dont parle Ponge, je fais le choix de ne pas passer par l’image poétique ou par toute forme de subjectivité qui dévoie le réel. Alors je m’appuie, par exemple, sur l’utilisation du vocabulaire de l’héraldique. Des contraintes se dégage un ensemble de limites et mon but est parfois de les contourner. Cela a un côté très ludique car je ne fais pas une analyse formelle et mathématique des choses. Mon rapport reste intuitif. Je tourne autour d’un fait dans un jeu de distanciation/rapprochement qui me permet de trouver les contours du réel que je veux représenter. Je me les approprie et finalement c’est ma propre subjectivité qui ressort. Je me sens en phase actuellement avec l’écriture de Ponge. Elle fait écho à mon travail sur le Net Art, qui est un système construit en rhizome, un maillage qui permet de partir dans tous les sens. Dans mes réflexions à propos de La Mounine, j’adopte le parti-pris de Ponge, qui est de parler parfois du contraire des choses pour les raconter. De la même manière, mon texte évoque des éléments qui ne sont pas dans La Mounine, mais qui disent pourtant ce qu’est ce texte, à mon sens. Le ciel de Provence n’est pas de gueules, Catastrophes, n° 28, février-mars 2021 « In Virtuel Life in Real Life » « L’un des premiers principes admis dans mon apprentissage des langages de programmation, c’est que seules les données sont stables » Pendant 9 ans, Guylaine Monnier a organisé au Centre Pompidou le Web flash festival consacré à la création sur les réseaux et au Net Art. De quelle manière les techniques et les lois qui président à la programmation informatique peuvent-elles aider à structurer un langage poétique? Mon écriture a une dimension proche du Net Art. Au fur et à mesure de mes recherches, j’ajoute des gloses ou « hypertextualités » comme on peut le faire sur Internet. J’inclue mes recherches dans le texte pour qu’il fasse vraiment sens. Pour aller plus loin, j’ai commencé également à modifier les données trouvées sur différents sites. Par exemple, sur la page Wikipedia du lieu-dit « Bouc-Bel-Air », j’ai ajouté que Ponge avait écrit La Mounine dans ce lieu-là. J’ai fait des copies d’écran de ce process. En allant sur Google map, on peut voir ma phrase « Le ciel de Provence n’est pas de gueules » que j’ai taguée à l’endroit où résidait Ponge lorsqu’il a écrit son texte. Je l’ai fait également pour d’autres lieux et d’autres textes. Je joue ainsi sur un aller-retour entre le réel et la fiction. J’appelle cela « in Virtuel Life in Real Life », puisque ces applications n’ont d’autres objets que de retranscrire le réel par le virtuel, et moi d’y ajouter une autre forme de réalité virtuelle. Les gens le voient, mais ne savent pas que c’est moi qui l’ai écrit. C’est une forme de tag. Un exemple de ce peut être le Net Art où l’auteur s’effacerait. Si les gens ont la curiosité de saisir dans Google les coordonnées inscrites dans mon texte sur La Mounine, ils verront mon intervention. https://goo.gl/maps/nN9KqQnk7zSwJ3xD7 Je suis tombée dans le Net Art il y a longtemps et j’ai eu accès à Internet presque avant tout le monde car j’habitais Annecy qui était une ville pilote dans ce domaine. À l’école, on m’avait donné les clés d’une salle informatique et j’ai commencé à programmer. J’avais une forte affinité avec le code et avec la narration que l’on peut créer à partir de lui. J’ai programmé des jeux qui comprenaient des alternatives narratives, sortes d’ancêtres aux histoires interactives actuelles. L’idée

Guylaine Monnier, « Je m’interroge sur la façon de dire le monde » Lire la suite »

Jean-Baptiste Née (France) et Junglin Lee (Corée) : entre terre et ciel

Jean-Baptiste Née (France) et Junglin Lee (Corée) : entre terre et ciel Jean-Baptiste Née Jungjin-Lee 20 décembre 2022 : ciel et terre au contact. La même émotion devant deux matières d’ombres et de lumières qui se frôlent, se touchent et se séparent. Jeux de noirs, de gris et de blancs : des passages où faufiler le pinceau ou le regard photographique pour saisir l’instant de l’apparition. Jean-Baptiste Née, lavis sur papier, publié dans Le monde nu, éditions H’artpon, 2021 Jungjin-Lee, #41 Unnamed road, 2010, tirage jet d’encre pigmentaire, publié dans Opening, Nazraeli Press, 2017

Jean-Baptiste Née (France) et Junglin Lee (Corée) : entre terre et ciel Lire la suite »