Atiq Rahimi, Les mille maisons du rêve et de la terreur (Afghanistan)

“La mère de Yahya est revenue, pour dire “dormez bien” et me laisser seul, me livrer à mon ombre tremblante hantée par ses deux doigts ; ces doigts qui, dans les moments les plus sombres, viennent cueillir mon angoisse et l’emportent avec la mèche de cheveux autour de son oreille.
Je me demande quel mystère peut bien receler ce geste qui aimante ainsi mon regard, me coupe le souffle et parvient à chasser mes doutes et mon anxiété ?
Ce geste donne à ses mains une douceur particulière, ou plutôt vient révéler leur douceur. Quand la mèche de cheveux voile la moitié de son visage, son oeil orphelin est rempli d’angoisse ; il me rend mal à l’aise. Mais dès que ses deux doigts balayent la mèche de cheveux en dévoilant son regard, il n’y a plus de trace d’angoisse.”

23 mars 2022 : parce que le sens tient à des gestes si ténus qu’il faut s’arrêter pour les percevoir

Atiq Rahimi, Les mille maisons du rêve et de la terreur, traduit du persan (Afghanistan) par Sabrina Nouri, P.O.L., 2002

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