nouages

mars 2023

Mon parcours

Je vis et travaille en région parisienne. J’écris des œuvres de fiction et de poésie. Depuis l’enfance, peintures, dessins et gravures me sont un langage coutumier. Des images aux mots, je cherche mon chemin. Poète Mon parcours de poète est fait de rencontres avec des artistes, des plasticiens, des musiciens et d’autres poètes, éditeurs ou créateurs de revues, dont l’amitié compte pour moi. De ces collaborations sont nés quelques ouvrages. Ainsi en est-il d’Esquisses d’une trajectoire (Ed. Arrache-toi un oeil), livre d’artiste sérigraphié, réalisé avec Marc-Antoine Beaufils, plasticien et architecte, mis en musique par le compositeur Damien Charron et interprété par le tromboniste Gian Carlo Schiaffini. Les poèmes d’Espace d’un instant (Ed. Pourquoi viens-tu si tard?) sont partiellement mis en musique et interprétés au piano-jouet par le compositeur Damien Charron. Le recueil La Nuit finie (éd. du Petit Véhicule) est illustré par le peintre et poète Lambert Savigneux. Historienne de l’art et de l’architecture Historienne de l’art et de l’architecture, je suis également titulaire d’un doctorat de littérature consacré à « Georges Rouault et la critique d’art de son temps, quelle parole possible sur la création? ». J’ai fait ma carrière au Musée national d’art moderne-Centre de création industrielle au Centre Pompidou, où j’ai travaillé comme attachée de conservation aux services Architecture et Design après avoir été responsable des archives de la Bibliothèque Kandinsky, centre de recherche et de documentation du Musée. J’ai eu ainsi la grande chance de traiter les archives de Constantin Brancusi ou de Man Ray, de conduire des recherches pour accompagner les acquisitions, les accrochages et la publication des œuvres des collections architecture et design. J’ai assuré le commissariat d’accrochages dans le musée (les salles consacrées à Le Corbusier, au Groupe Espace et à la synthèse des arts des années 1950, à l’architecture rationaliste italienne, et l’architecte et ingénieur Paul Andreu, aux agences contemporaines XTU et MAD …) et de l’exposition UAM, une aventure moderne en 2018. J’ai également contribué régulièrement à des essais, des revues et des catalogues d’exposition et assuré les visites destinées aux chercheurs ou à un large public. Médiatrice Sensible au langage de la vie quotidienne et désireuse de faire émerger des expressions personnelles, je développe des ateliers d’écriture et de médiation culturelle. Articuler la découverte des oeuvres d’art à l’expression écrite, orale et plastique a formé la base de deux séries d’ateliers : – Avec Lucienne Reboul, j’ai conçu et animé durant quatre ans à l’Association des centres sociaux d’Aulnay-sous-bois, l’atelier « A la découverte des musées », destiné à un public adultes et enfants, fragile ou défavorisé, parlant et écrivant le français ou en cours d’apprentissage. – Avec les musiciens du collectif MA, Sandrine Faucher-Matheron (pianiste), Laurent Matheron (saxophoniste) et le compositeur Damien Charron, j’ai mené l’atelier « Les Arcs, musique et architecture, XXème-XXIème siècles », à destination des élèves de l’Ecole de musique de la Haute Tarentaise à Bourg-Saint-Maurice.

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n(o)uages, un blog de poésie

n(o)uages est un blog consacré à la poésie, à ses lecteurs et aux artistes de différentes disciplines qui dialoguent avec elle. n(o)uages : nouer les fils d’une chaîne terminée à ceux de la chaîne nouvelle qui lui succède. Ainsi en est-il de la poésie. Les textes que nous écrivons tissent une trame avec ceux que nous lisons, avec les mots que nous entendons, et se rattachent de si près à la musique et aux créations plastiques. De ce tissage-là, n(o)uages souhaite rendre la multiplicité des expressions. Ouvert à la diversité, il retient ce qui nourrit, ce qui construit et qui donne le goût de lire et de prendre soi-même la parole. Il retient ce qui se donne, qu’il soit fragile et délicat ou rutilant et excessif. Il est question d’aimer. n(o)uages est une invitation à la rencontre et au dialogue. n(o)uages est constitué d’entretiens avec les poètes et les lecteurs, avec les artistes qui travaillent avec les poètes, de notes de lecture écrites en dialogue avec un livre, ainsi que d’éclats du jour – textes et images – qui tracent à travers les heures leurs cheminements sensibles.

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Lambert Savigneux, « Terres en rives du monde »

Lambert Savigneux, « Terres en rives du monde » 18 mars 2023 : aujourd’hui, je me laisse gagner par les « Terres en rives du monde » de Lambert Savigneux, illustrées par les encres de Denis Smith. Elles ouvrent devant moi un monde baroque, visuel et sonore profondément imprégné de nature. Voyages ou rêverie imaginaire nourrissent une écriture rythmée, vivante qui lève à la lecture des images multiples et puissantes, nouveaux territoires pour nos paysages intimes. Lambert Savigneux, Terres en rives du monde, avec des encres de Denis Smith, Editions du Petit Véhicule, 2023. Coll. Galerie de l’Or du temps https://aloredelam.com/presentation/ https://lepetitvehicule.com/etiquette-produit/lambert-savigneux/

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Thierry Pérémarti, « Terlingua »

Thierry Pérémarti, Terlingua À la lecture de Terlingua, recueil de Thierry Pérémarti, je perçois combien l’expression de l’immensité m’importe. Un paysage au sud du Texas, le désert de Chihuahua, la poussière, la pierre, quelques plantes et le ciel. Une échelle de grandeur se déploie. Tout en haut, l’espace sans limite où circulent le vent, les lumières, leurs chaleurs et leurs odeurs. Au ras du sol, le grain de la terre érodée. Entre les deux, quelques vivants se confrontent à l’excès et au vide. Les mots posent sur ce paysage leur poids de souffle. Tout juste retenu. Délivrant un peu de la pensée, une interrogation, un assentiment. Notant l’essentiel. Les traces s’effacent ensuite comme disparaissent les empreintes des pas dans la poussière. Les mots trouvés par le poète sont ceux de nos mémoires. Tout juste désenfouis. Mis au jour dans un paysage inconnu, Terlingua, où je ne suis jamais allée, mais qui déploie en moi d’autres lieux personnels que je connais bien, qui m’échappent souvent et vers lesquels je tends, tous caractérisés par mon immense désir d’être dans l’immensité. Je voudrais dire alors combien cette lecture éveille un sentiment de reconnaissance. Pour les mots trouvés. Pour le souffle repris. Pour le lieu accordé. Pour l’espace ouvert. Thierry Pérémarti, Terlingua, Ed. Phloëme, 2022 Une voix « d’une pelletée de sable tu es l’égal enfin » Il est question d’un désert, d’une terre érodée par le vent, d’un lieu ouvert, abandonné ou sauvage dans lequel le poète prend le temps d’être présent. Un désert dont la découverte nous tient attentifs et à l’écoute. Frappés par tant d’immensité et d’immobilité. Soumis, par-delà le visible – les « roches solitaires », les « cailloux », le « sable », « l’aridité et le friable » -, à tout le ciel et à la force de l’air qui abrasent le paysage jusqu’à sa dissolution. C’est entourés ainsi, ô matière de l’air, qu’en lisant nous habitons mieux le monde. Longue paix et vaste élargissement. Alors les mots du poète, ô matière de la langue, nos mots eux-mêmes, débuchés, meulés, poncés par le désert sous le souffle de nos respirations, ne sont plus que ce qui demeure, le grain de la voix. Corps, toujours. Élocution, articulation, hauteur, timbre, rythme, silence. Car la langue est corps, « duretés et nudités / qui te mesurent » Elle engrange ce qui se vit d’efforts, de fatigues et d’abandons et en épouse la respiration nécessaire. Car la langue est souffles quand « l’air, là / s’exténue à te dire ». Lorsque le poète s’en remet « à ce qui / n’a pas de voix, / à l’insonorité creuse / du corps / preuve muette / de toute présence », la minceur d’une colonne de mots monte sur la page. En adresses à soi-même – « tu te parles » -. en élisions, retournements, incises et maigreur de la ligne appelant au silence, s’ouvre sur « la table rase », la piste discrète d’un cheminement méditatif. Lorsque le poète s’égare, un élan de joie monte aux lèvres. Alors je respire avec lui. Jusqu’à en finir avec ma propre pensée et égrener simplement les mots d’un autre, comme dans un sablier le grain meuble ruisselle. Une éthique « marchant seul comme un ciel qui tombe dans la nervure d’une liberté sienne » Tout commence par la marche et les injonctions que le poète se fait à lui-même au début du recueil : « marcher – / sans plus de chemin / sans besoin du chemin », « et marcher / marcher… bête perdue », « enfonce-toi », « tête / la première ». Dans ses plis et replis, dans ses étendues et ses pauses, la marche est un art du temps. Un temps déroutant par sa disproportion qui oppose le marcheur à l’infini paysage. Un temps inachevé dont nous goûtons l’exigence car il faut sans cesse nous remettre en chemin, nous qui sommes irrémédiablement éloignés de ce que nous voudrions atteindre. C’est aussi un art de l’immédiateté. La marche exige d’être concret. Le désert est une rude réalité, « aucune indulgence / mais l’aridité / qui tue ». Quelques plantes, des serpents, des oiseaux, les galets secs d’un torrent disparu, des tombes anciennes creusées par le temps, « l’azur à bout portant ». La vitalité du monde s’incarne dans les lumières et les couleurs de levers ou de couchers de soleils qui vibrent et miroitent. Porté à un certain degré d’incandescence, le désert laisse voir les chemins tracés avant nous par d’autres êtres, le « vieux sentier comanche », le « sentier des guerres / Mescalero et Chiricahua ». Comment autrement espérer vivre là ? « eux savent / la montagne / ouverte / comme le fruit un livre / s’ouvrent ». Bien heureusement d’autres que nous marchent dans nos déserts. Je lis et relis les mots du poète pour les inscrire sur mes cartes intérieures. J’y cherche les chemins et les signes des brèches ouvertes dans les murs contre lesquels je me cogne. Des images « ne rien céder au vide au vide au retour sur soi » J’ai chez moi une bibliothèque et tant de livres. Je possède aussi, dans un monde intérieur, des images. Ou plutôt la suite mouvante et sans cesse changeante d’une image qui déroule sa sinuosité. Je ne suis jamais autant heureuse que lorsqu’elle se superpose au paysage qui m’entoure, pour m’emmener dans une dérive unique. Corps heureux de l’image, inscrit dans une mémoire profonde, obscure. Dans Terlingua, le désert donne une image au silence. Il en donne une autre au vide. Au temps également. À soi-même. Par le peu dont le poète se saisit, à sa suite, j’entre dans des images. Je n’en ressors jamais. Ce sont elles qui m’emmènent ailleurs. Dans cet ailleurs, où je ne les vois plus parfois, je me reconnais bien. Parfois les images éblouissent : « transparent dans sa tremblance » dit du silence le poète. Elles sourdent et s’imposent : « et l’air / qui affame la pierre », « les plénitudes / lieu lourd à l’épaule ». D’autres fois, elles explosent « comme un coup / de feu … / nos rires débusqués ». Graves, mobiles, fraîches ou usées, elles tentent de mettre des formes sur ce « rien / qui puisse y faire », ce « plus rien n’existe / ou tout existe justement »,

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Germaine Richier, « La forêt », 1946-1947

Germaine Richier, « La forêt », 1946-1947 Germaine Richier, La forêt, 1946-1947, bronze 4 mars 2023 : Devant l’homme-forêt, sursaut de joie. Oui, être humain comme être arbre, racine, mousse, feuille, sauterelle. Respirer l’eau, la terre, la lumière et l’orage. Profonde émotion devant les sculptures de Germaine Richier, où l’humain poussé juste un peu plus loin est rendu aux forces de la nature. « Il y a des soirs où le ciel a la couleur et le goût de la cendre. Il a la douceur de cette poussière infiniment fine comme la tristesse indéfinie, telle qu’aucune autre au monde ne saurait être plus fine, celle d’une matière définitivement consommée. A-t-il donné toute sa fumée, tout son parfum ? Un doigt de femme, trempé dans le vase où repose le reste d’un grand feu passionné descend du ciel et nous trace un signe très doux sur le front. Ô risée de pourpre, brasiers de sang, c’est par un soir pareil que j’ai connu la main de Fatma. » Georges Limbour, Soleils bas, Gallimard, 1972 La forêt et La feuille au Centre Pompidou, 2023 Le site de la fondation Maeght reproduit le témoignage de l’écrivain et poète Georges Limbour, rendant visite à Germaine Richier dans son atelier : « Quand nous allions sortir, Germaine Richier […] eut l’envie de nous découvrir un objet d’environ un mètre cinquante de haut, enveloppé de tissus humides. Elle le désemmaillota donc, car ici la bandelette est d’un usage contraire à la manière dont on l’employait chez les égyptiens : au lieu qu’elle enveloppe les corps après la mort, c’est avant leur naissance complète qu’elle les protège. C’était donc un travail inachevé : un homme forêt, fait d’une branche d’arbre judicieusement choisie, de glaise, de fil de fer, et je crois qu’il y avait encore de la mousse, oui, tout au moins sur la branche.  Un an plus tard, en 1948 lors d’une visite à l’exposition consacrée à Germaine Richier par la galerie Maeght, Georges Limbour eut l’occasion de voir la version en bronze de la sculpture : “… voici un homme-forêt, qui est en bronze. A ses formes, on devine que cet être […] a été primitivement composé de diverse substances disparates, telles que la terre et des végétaux. On voit bien, par exemple, que son bras droit est le moulage d’une branche d’arbre noueuse qui évoquait un bras et une épaule. Il s’agit donc là d’une opération qui rappelle en peinture le collage, avec cette différence qu’ici l’objet rapporté s’est trouvé transmué, a changé de nature, passant du bois au bronze et, par là même, s’est totalement intégré à l’unité de l’ensemble…” https://www.centrepompidou.fr/fr/programme/agenda/evenement/AQyCGJA https://www.fondation-maeght.com/la-foret-germaine-richier/?lang=fr

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Christine Pezzana, “Embouillement”

Christine Pezzana, Embouillement Christine Pezzana a publié Embouillement, en 2021 aux éditions du Petit Véhicule, recueil poétique qu’elle a accompagné de ses photographies. J’ai eu l’occasion de l’entendre dire quelques-uns de ses textes, notamment au Jardin des rouges-gorges à Nantes, lors de la journée de rencontres organisée en juin 2022 par Luc Vidal, et de découvrir ses photographies. La poète est également architecte. La lecture d’Embouillement a laissé sur ma rétine l’impression de lumières. Des lumières vues partout. Saisies dans leur fugitivité. Lumières, sources vives pour une soif intérieure. Nous sommes invités à une promenade dans un paysage “quotidien, si largement su qu’il passerait inaperçu”. Dans le “chemin vide” qu’est l’embouillement selon la poète, Christine Pezzana quête par les moyens de l’écriture et de la photographie, l’éclat des “perpétuelles choses en mouvement, petites, grandes, ravagées et issues des trottoirs”. Note de lecture par Anne-Marie Zucchelli Christine Pezzana, Embouillement, Ed. du Petit Véhicule, 2021 La promenade La promenade à laquelle nous convie Christine Pezzana rassemble ce que l’on perçoit d’ordinaire séparément, les instants, que la poète recueille et qui font la fulgurance de nos expériences, et le mouvement auquel ils appartiennent. Mouvement de la marche, traduction de notre pensée des jours. Sans cesse en développement, sans cesse en chantier, ainsi en est-il de notre expérience du monde. Une profusion de notations visuelles nourrit un dialogue avec le paysage. Tant d’impressions s’entrechoquent entre elles. Délicates, elles émaillent la déambulation entre un Paris deviné et un ailleurs quelquefois nommé. Il suffit de peu. Un détail accroché par la lumière et quelques couleurs sont les plus sûrs liens entre le paysage et la poète. Sans doute les ciels, les rives ou les herbes qu’elle décrit sont-ils à sa ressemblance, car ils se transportent d’une nature à l’autre et éclairent profondément l’être en même temps que le paysage. L’inquiétude d’y être Ceci est un paysage. Le nommer. En être insatisfaite. Y revenir. Choisir d’autres mots. Les faire miroiter d’un texte à l’autre. En cela consiste la promenade intranquille. Sauter par-delà l’incohérence chaotique des sensations, l’immensité de leur gaspillage, leur manque de continuité. Accepter la dispersion du paysage. Inséminer la langue de ses sens multiples, pour entrer enfin dans la chambre d’échos où l’être résonne avec le monde. L’univers immense révèle sa matière tremblante et fragile.  Mais l’inquiétude continue est gardée sous silence, travestie par l’écriture. Fertile écriture, qui fait advenir la pensée et le désir d’être. Une lecture corporelle du monde Quand un sentiment d’émerveillement nous envahit, mais qu’il oscille sous la conscience exacerbée de sa disparition imminente, le corps demeure le fil à plomb, le garant de la loyauté. Le corps emporte au hasard et bien plus profondément encore. La poésie est cousue de corps et la langue a sa chair. Comme le corps, la langue écoute, regarde, respire, goûte et sent attentivement pour mieux se saisir. Être corps. Dans un recueillement dynamique. Un réel vertige. Dans l’implication de tout l’être devant quelque chose d’indéfinissable devenu perceptible. Alors se produit l’ébranlement. Puis il passe. D’un paysage à l’autre, le texte revit l’expérience que l’être oublie. Comme si du monde la poète désapprenait tout et entrait à chaque écrit dans un territoire neuf. Ainsi en est-il également de la lecture. Avancer pas à pas. Ne pas trop y toucher. Éprouver et être empoigné par l’émotion. La reconnaître. Se souvenir. Reprendre alors le fil d’un dialogue qui a déjà été vécu et qui s’affine, espace hybride où s’unifient l’immensité ouverte et l’intériorité d’un corps. Dans cette traversée, paysages et êtres s’accomplissent ensemble. L’humanité par surcroît Sable, eau, vent, bitume, terre, arbres et ciel sont nos patries communes. Elles nous connaissent et nous laissent courir à travers elles. En elles, le regard furète et reconnaît d’autres présences, des silhouettes et les visages de tant d’êtres qui nous manquent. La promenade alors devient un rituel de mémoire. Ici et maintenant. Avec humilité. Comme il reste peu de choses parfois ! Une notation, des yeux clos, des larmes… agitent la surface.  Les mots ont plusieurs sens. « Âme », « cœur », « esprit » articulent le portrait à l’espérance. Comment traduire autrement l’être caché sous la surface des notations sensibles ? Par la voix qui demeure ensachée dans les mots. Par le souffle. Ainsi entre-t-on dans l’intimité d’un autre. Photographier Passer de la langue des mots à la langue de la lumière, la photographie. Marcher. Se camper devant le paysage. Dedans. Scruter. Y penser. Cadrer et recadrer le monde et trouver l’image qui remet en mouvement. Élargir entre ses mains la vision comme un rideau qu’on ouvre. Photographier pour recueillir l’« incomprise source / vive de cet instant » et « l’emporter avec soi ». L’image accompagne la promenade d’un surcroît de plaisir. La photographie de Christine Pezzana raconte le silence, l’immensité et les décombres, un recoin, une échappée, une silhouette dans un train, son reflet sur la vitre, le développement d’un champ, un quai désert, les graffiti sur un mur. Elle est parfois incendiée de lumière. Très noire aussi. Engagée dans une histoire vive où les êtres s’attrapent au passage, où le paysage fugace se mime. Autrement, sans elle, tout cela disparaît. « Huile hivernale Bronze tourbe graphite Bleu indigo J’en réclame à chaque instant passé là, là, reflets éclats A ce tissage métallique froid colle à la peau, la pluie elle a cessé à la nuit. » « Le chemin creusé et le soleil vissé au dos du pilier de pierre L’azur trempé du ciel nul horizon en pointe au-delà des masses Alignées au départ, l’insurrection d’une teinte croquante Saveur voulue sur cette toile le sang versé en notes balayées Hors le motif en désarmante simplicité écrit les pages De ce champ bleu transbordé d’infini d’un tête à tête Le rêvant voir du grain à grain un bombardement de lapis lazuli En arômes pliés en aplat de vagues gelées à ce ciel orageux vu.  » « Que c’est vague les collines alentour de fragments affirmés Un rien du tout à cet ensemble imprécis les pins s’estompent Règne d’un jour leurs ombres d’évidence un toujours d’après Penché vers la source aussi loin qu’un reflet

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