nouages

avril 2022

Bryan Nash Gill, « Saule », 2011 (USA)

Bryan Nash Gill, « Saule », 2011 (USA) Bryan Nash Gill, Saule (Willow), de la série WoodCuts, 2011, 49 5/8″ x 38 3/8″ 25 avril 2022 : Enduire le bois coupé d’une fine couche d’encre, prendre une feuille de papier washi fabriqué à partir de longs morceaux d’écorce, faire courir ses mains sur la surface : prendre l’empreinte de l’arbre autrefois vivant, unique comme l’est une empreinte digitale :  » Vous ne saurez jamais ce que vous manquez si vous ne trouvez pas un moyen d’entrer et de regarder. » Bryan Nash Gill https://www.bryannashgill.com/woodcuts

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Lumière !

Lumière ! « Oui, oui ! Muriel à l’envers ça fait lumière ! Quand elle est sortie en serrant ses paquets contre elle, la bouteille contre sa poitrine, je me suis dit, tiens on lui a offert une rose ! Et puis elle en avait l’air. Elle avait cette façon de sourire. Mais non, c’était le bouchon de sa bouteille d’eau, un bouchon rouge. Tu sais, je souhaite qu’il n’y ait pas de fin. » Le train s’arrête. Les deux hommes suivent des yeux une fille à la peau très blanche, descendue sur le quai, les jambes en ciseaux rapide, le dos droit, les cheveux en coulée de feu sur sa veste. Dessin de Marc-Antoine Beaufils, 2018

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Herberto Helder, « Le poème » (Portugal)

Herberto Helder, « Le poème » (Portugal)  » Chanter où la main nous toucha, où l’épaule s’embrasa, où s’ouvrit le désir. Chanter dans la table, dans l’arbre abîmé en extase. Chanter sur le corps de la mort, pierre à pierre, flamme à flamme – levé, aimé, connu. «  Le poème (extrait) 16 avril 2022 : ce miracle intérieur – la puissance chantante du monde. Herberto Helder, La cuiller dans la bouche, 1961, traduit du portugais par Marie-Claire Vromans, Ed. La Différence, 1991, collection Le Fleuve et l’écho

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Isabelle Poncet-Rimaud, « Attendre la germination de la parole » (France)

Isabelle Poncet-Rimaud, « Attendre la germination de la parole » Dans son écriture, la poète Isabelle Poncet-Rimaud se saisit du bruissement de la vie en son intimité et son partage. Parce que la poésie – « Imperceptible murmure », « poussière du rien » – questionne l’existence, la présence de la mort et le désir de vie, elle devient une terre de résistance où la poète trace sans cesse de nouveaux chemins. Isabelle Poncet-Rimaud est autrice d’une quinzaine de recueils. Son parcours littéraire se nourrit de la collaboration avec d’autres artistes, écrivains, musiciens et peintres. C’est de ce qui fonde son désir d’écriture, l’enracinement et l’envol, l’aspiration au très proche et au très sensible ainsi que l’adresse à autrui, dont Isabelle Poncet-Rimaud témoigne dans cet entretien. Propos recueillis par Anne-Marie Zucchelli, 26 mars 2022 Respirer La poésie est un chemin pour moi. Elle l’a toujours été. Elle est une trajectoire humaine et spirituelle. Pendant des années, elle a eu une dimension sacrée. Je la voyais comme le reflet d’une parole divine qui passait à travers elle. Cela n’existe plus pour moi maintenant. La perte de la foi a fait disparaître quelque chose que je suis incapable de retrouver, mais dont je n’ai pas envie non plus. J’ai pris conscience que je ne suis qu’un maillon et que je suis reliée aux autres. La poésie m’a permis de me libérer, car « on ne peut se rendre vers l’autre qu’après être rendu à soi ». J’ai commencé à écrire dès l’âge de huit ans. Mes parents avaient fait tous les deux les beaux-arts. Comme j’étais incapable de dessiner, je me suis dirigée vers la musique des mots. J’avais besoin de faire sortir ce que je ressentais très fortement. J’écrivais de petits contes. Puis en grandissant j’ai arrêté d’écrire. À la naissance de ma seconde fille Mathilde, un jour, en écoutant une émission, j’ai eu le sentiment qu’il fallait que je reprenne ce chemin. C’est devenu important Lorsque nous nous sommes installés à Strasbourg, je suis entrée en relation avec la poète Sylvie Reff qui m’a demandé un texte pour un numéro spécial de la Revue alsacienne de littérature, écrit par des femmes. La nouvelle que j’ai envoyée a été acceptée. Quand elle a paru, cela m’a fait un effet si important et violent que je me suis dit, maintenant je peux mourir ! Dans ma vie quotidienne, la poésie est devenue une respiration. Quand mes filles étaient à l’école, je m’asseyais par terre contre un radiateur avec une couverture et j’écrivais. J’avais deux ou trois heures devant moi, tous les jours, quoi qu’il arrive. Le soir, ma poubelle était pleine. Après Verlaine, dans mon adolescence, qui fut pour moi, un pont vers le langage des mots, les poètes qui m’ont d’abord aidée à me libérer sont Jacques Prévert et Boris Vian. J’étais fascinée par la force crue et pourtant tendre de leur regard sur le monde. Ils ont osé utiliser le quotidien pour le dépasser. Ils avaient une liberté qu’ils m’ont communiquée et ils m’ont donné une permission d’écriture. Arracher A cette époque et pendant des années, c’est parce qu’un titre m’apparaissait qu’un recueil pouvait naître. Chaque fois le travail s’étalait sur deux ans, jusqu’au moment où j’écrivais un poème dont je savais que ce serait le dernier. Alors apparaissait un autre titre. Ce n’est qu’à la fin, en rassemblant le recueil, que je comprenais pourquoi ce titre était venu et quel chemin il avait permis de constituer. Comment aller au plus près de soi grâce à l’écriture ? Je subissais l’influence maternelle et je ne savais pas de quel bord j’étais. « Bord à bord » est le titre de mon premier recueil : entre l’enfance et l’âge adulte il y avait un gouffre qu’il fallait que je franchisse. J’étais blessée par ce que je percevais du monde et par les étiquettes qui étaient collées sur moi. Je voulais me dépouiller, écrire mon « visage voulu nu », évoquer les différentes facettes de mon être et du monde, comme l’indique le titre de mon second recueil, « Les pays d’être ». Je commençais à naître. J’arrachais du fond de moi ces mots qui disaient ce que j’étais, « Les chairs de l’aube ». Je n’ai jamais eu de facilité d’écriture. Le poème prend d’abord la forme d’un mot, d’un groupe de mots ou d’une phrase qui resteront et que je n’enlèverai pas. Mais je ne sais pas ce qui viendra après. Il faut que je laboure au fond de moi. À l’époque, cela voulait dire rester très longtemps en silence. Attendre puis élaguer. Renoncer avec douleur à certaines phrases. C’est très proche de la méditation. La parole procède de ce silence.  » De quel arc vibrant suis-je la corde tendue sous les ongles implacables de l’adieu ? De quel deuil me faut-il résonner à l’aigu pour qu’en vol vertical s’échappe l’oiseau blanc d’écriture, reflet d’eaux en musique voguant sur l’incandescence du Verbe? «  Les chairs de l’Aube, Editions Oberlin, 1990 Poème mis en musique par Damien Charron, extrait du cycle de mélodies, Dans la soif des mots, 2000 http://www.damiencharron.com/sound-clips.php Se mettre en chemin J’ai besoin de me nourrir des autres poètes. Pour pouvoir descendre dans le silence, je m’installe sur mon lit et je m’entoure des recueils que je lis. La rencontre avec les mots des autres me permet une descente intérieure. Leurs mots me mettent en chemin. Certains ont une résonance incroyable. Je ne peux pas être en état poétique pour écrire moi-même, si je ne suis pas dans cette présence poétique aux mots des autres. Certains poètes ont été importants dans mon cheminement. Henri Meschonnic par exemple, car il m’a apporté une exigence d’élagage. Sa poésie réduite à l’arête m’a aidée à aller au cœur des mots, à les faire s’entrechoquer pour créer les images. Gilles Baudry a aussi été très important pour moi. Nous avons fait de la traduction biblique ensemble et nous sommes devenus amis. Il est moine et sa poésie a une dimension spirituelle sans prêchi-prêcha. Elle témoigne de joie et de questionnements. Chez lui, tout devient prière sans l’être. Dieu est partout

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Sonia Elvireanu, « Ensoleillements au coeur du silence » (Roumanie)

Sonia Elvireanu, Ensoleillements au cœur du silence (Roumanie) « Ensoleillements au cœur du silence » ou l’arc-en-ciel du silence, note de lecture par Isabelle Poncet-Rimaud Dans son dernier recueil, Sonia Elvireanu écrit depuis le silence, pour et par le silence et passe d’un silence habité à un autre. Dans ce nouveau parcours poétique, tout n’est que pont d’un amour à l’Autre, d’une rive solitaire à un rivage peuplé, d’un ciel blessé à un ciel confondu, du rêve au réel, d’un chant bleu au chant immortel. L’arc-en-ciel qui enjambe le recueil, lien de lumière et de couleurs, est ceinture entre le ciel et la miraculeuse argile. Parce que ce silence en elle Sonia Elvireanu le provoque, l’écoute et voit le monde qui l’entoure avec les yeux du ciel. Je me suis retirée dans la solitude/pour être près de toi, te chercher et te parler, écrit-elle. Et par ce vers, on distingue le double mouvement qui dans ce recueil anime la parole de la poétesse : se recueillir en sa solitude pour retrouver l’amour perdu mais aussi se rapprocher d’un autre Amour qui englobe le premier. Dès le premier poème, Sonia Elvireanu donne le ton. La poésie pour elle, est ce seul murmure en langue bizarre où la voix étrange du Poète s’élève et celle du Très Haut descend en parfaite communion. Je t’écris où toutes les choses parlent car parler c’est lumière. Et tout parle en couleurs, en lumières, en explosions de fleurs, de fruits, en parfums délicieux, en langages d’oiseaux qui remplissent le vert/silence de la solitude comme un lien entre terre et ciel. Les bras du silence…/s’accrochent aux odeurs et la poésie peut devenir l’eau miraculeuse de la guérison. Il y a dans cette écriture une forme d’élégance soyeuse ( le mot soie est récurent), un sentiment d’intemporalité symbolisée par les papillons blancs messagers ou écailleurs d’ombres ( à l’aube, des ombres écaillées de papillons) , un effleurement des pas sur l’ardoise du sable où la poétesse écrit l’amour, la solitude, une tentative d’aller au-delà des lointains, là où attendent l’amour et peut-être cet Amour qui signera la fin de la solitude. Dans le même temps, s’exprime tout au long du recueil une souffrance vigilante qui refuse l’orage des mots noirs qui risquent d’entraîner vers la chute et veille à refaire chaque fois, le pont écroulé pour que l’arc-en-ciel s’y pose. La poétesse devient la myrrhe de l’amour, celle qui cicatrise et encense en élevant son parfum vers le ciel. Cette poésie bruisse, bouge, frôle, coule. L’eau – océan, source, fontaine, ruisseau- est aussi présente que la lumière, aussi subtile et essentielle. Sonia Elvireanu écrit aussi depuis le cri noir du confinement, des ravages du virus , ce rouge qui s’étend comme la rougeole alors même que le printemps se montre dans sa splendeur et qu’un arbre vert/pousse en nous. Ce silence de tombeau l’incite à la prière comme un appel à la lumière de la Résurrection. Peu à peu, la sérénité se fait chemin en la poétesse qui commence à voir la beauté/ dans tout ce qui (l’)accueille et féconde les terres stériles de la solitude des fleurs de la parole poétique. La langue de Sonia Elvireanu, toute de délicatesse, de touches infimes tel un flocon/dans la chute des neiges ou l’effleurement des papillons/ sur les eaux de l’oubli, atteint les tréfonds du silence telle la perle/souffle de psaume. Le silence alors parle, articule la lumière, la beauté, l’attente, la solitude et la soif de l’Amour car le mot a pris corps, il est incarné, il est arc-en-ciel. Le psaume de la lumière  » La lumière se feutre en moi Comme la neige de la fleur de pommier, Y descend en flots diaphanes De soies effleurées par le vent, Doux scintillements, Vacillement lent sur les pierres, Aux tréfonds le silence telle la perle, Souffle de psaume. «  Sonia Elvireanu, Ensoleillements au coeur du silence, édition bilingue français/italien, collection Zaffiro Poesia, Ed. Giuliano Ladolfi, 2022 http://www.ladolfieditore.it

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Val Britton, « Deluge », 2014 (Etats-Unis)

Val Britton, « Deluge », 2014 (Etats-Unis) Val Britton, Deluge, 2014, oeuvre installée dans l’exposition « Passage », Gallery Wendi Norris, San Francisco, CA. installation spécifique sur le site de papiers découpés à la main et au laser, encre et fil « Marcher autour, dessous, dedans, sentir son corps par rapport à cette quantité de matière. En travaillant avec ces feuilles de papier délicates, en les froissant et en les tordant, j’ai senti que cette fragilité de la matière se rattachait émotionnellement à ce que j’essaie de transmettre dans ces œuvres, un sentiment de ténuité, de tension où l’on ne sait pas si les formes sont en train de se construire ou d’exploser. » (Val Britton) https://valbritton.com/detail/deluge/in-set/featured voir aussi : http://artpulsemagazine.com/the-psychogeography-of-val-britton

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