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Alain Roger, « Dans le jardin soustrait à l’horizon » (France)

Alain Roger, Dans le jardin soustrait à l’horizon « Le jardin donne une forme au temps, offrant sa prise tremblée à cette immense force dont je ne sais rien dire d’autre que : elle existe et traverse toute chose et tout être. Poussées, éclosions, déploiements, flétrissures, mûrissements, mais aussi pourritures, inclinaisons lumineuses, … le temps s’incarne en menus détails que la fréquentation quotidienne du jardin permet de relever y miroitent des temps enchevêtrés : lente croissance appliquées des branches et des feuilles, très court instant d’une lumière posée sur une fleur, brève apparition d’un motif et tout ce temps accumulé pour le rendre en peinture, rêvasserie, quête, jeu de patience et de vivacité » 20 octobre 2021 : sous la pluie, entrée dans le jardin comme dans un vase, par une telle nuit lorsque Gallé dépose sur le verre soufflé la libellule. Alain Roger, Ebauches d’un horizon & Dans le jardin soustrait à l’horizon, Inclinaison, 2015, coll. Cordes tissées 19 https://alain-roger.pagesperso-orange.fr/alainrogerecrits.html

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Marie Denizot, « Le souffle court » (France)

Marie Denizot, « Le souffle court » « Le souffle est à bout car Au retour du parc Le souffle est à bout Par cœur il siffle car Le souffle est à bout Au détour d’une courbe par hasard, par passade, pour rire, il halète sans raison car Le souffle est à bout. » 15 octobre 2021 : dans le train. Voyageurs, corps dociles, gestes ténus, mots discrets, expressions répétées, phrases inachevées, tension palpable du désir de dire. Marie Denizot, Au bout de la nuit le jour nécessairement, poèmes accompagnés par douze encres de l’auteure, Ed. Delatour France, 2016 http://www.maried.sitew.fr/

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René Depestre, « Libre éloge de la langue française » (Haïti)

René Depestre, « Libre éloge de la langue française » (Haïti) «  De temps à autre il est bon et juste de conduire à la rivière la langue française et de lui frotter le corps avec les herbes parfumées qui poussent bien en amont de nos vertiges d’ancien nègre marron. (…) Mes mots de vieux nomade ne regrettent rien, ils galopent de cicatrice en cicatrice jusqu’au bout de leur devoir de tendresse. Debout sur les cendres de mes croyances mes mots s’élèvent sur tout espoir vrai au gré des flots émerveillés de ma candeur … » 9 octobre 2021 : RIZOT HONZONE ZEN PYRE FLAME KAID JUNGLE, sur les murs, les piles de ponts et les wagons du RER, la langue échappe au contrôle. Elle creuse par effraction des hors-champs indociles dans le plan organisé de la ville. Des mots aux rêves l’espérance est indomptable. René Depestre, Anthologie personnelle, Actes Sud, 1993 et Voix de poètes, vol.3, 2010 Lu par l’auteur : https://www.youtube.com/watch?v=GxqprcE4aIk

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Camille d’Alençon, Wagon (France)

Camille d’Alençon, Wagon Camille d’Alençon, Wagon, 2020, huile sur toile 7 octobre 2021 : La terre déroule les gris, les blancs, les gris bleutés, les blancs de neige ou de poussière, les noirs, les blancs sur blancs, les coquilles tachetées et la gamme des bruns. Les pylônes et les fils électriques que je connais par cœur deviennent un tissage d’argent liquide. J’habite soudain une ville déployée qui me soulève. https://www.camilledalencon.com/peintures

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Julie Charland, « Le jour est le théâtre ancien de la nuit » (Québec)

Julie Charland, «Le jour est le théâtre ancien de la nuit» (Québec) Julie Charland est une artiste Montréalaise visuelle qui œuvre comme conceptrice de costumes, styliste et créatrice d’images. Depuis 25 ans, elle collabore avec la metteure en scène Brigitte Haentjens. Elle est primée à deux reprises pour le spectacle La cloche de verre de Sylvia Plath et Tout comme elle de Louise Dupré, créations de Sibyllines. Elle conçoit aussi des costumes pour le cinéma auprès des réalisateurs Robin Aubert, Guy Madden, François Péloquin et Larissa Corriveau. Complice vestimentaire de l’humoriste Louis-José Houde, elle le stylise depuis 20 ans pour ses spectacles de scènes et galas de L’ADISQ auprès du metteur en scène Joseph Saint-Gelais. De 2017 à 2020, elle créée en carte blanche plus de 70 œuvres visuelles pour évoquer les saisons du Théâtre français du Centre National des Arts sous la directrice artistique de Brigitte Haentjens et de Mélanie Dumont. (https://www.juliecharland.com/bio) Entretien avec Anne-Marie Zucchelli, Montréal, 23 septembre 2021 La Cloche de verre, 2004, m.e.s. Brigitte Haentiens (© Julie Charland) Le costume et le rêve : résistance sauvage Julie Charland, vous qualifiez la conception de costumes de « poésie des contraires » : celle de la réalité confrontée aux rêves qui vous habitent. Le rêve selon vous est « l’art d’être soi ». Au théâtre, dites-vous, chaque intervenant porte un rêve qui prend sa place dans un ensemble. Votre rêve se raconte dans un costume : « empreinte visuelle » sauvage et résistante aux diktats du jour. Avant le rêve il y a les mots. Le texte de la pièce. J’adore découvrir le texte dans mon lit, toute seule, comme une enfant qui déballe un bonbon. J’ai besoin de cette première lecture dans ce lit qui est un lieu de transition, une porte vers la poésie. Pas de téléphone, pas d’heure, personne ne me dérange. C’est le soir. Je me laisse porter sans nécessairement comprendre tout. Je vais d’abord chercher une sensation, les premières visions très floues des personnages, leur psychologie, leur couleur, leur caractère. Mon esprit part dans tous les sens. Le travail qui suivra consistera à retrouver cette sensation-là et je lirai et relirai le texte à la recherche d’un souvenir. Comme dans un rêve, je vois sans chercher à comprendre. Puis je m’abandonne à la nuit. Le mouvement est double : découvrir et s’abandonner. La nuit est mon monde. J’y suis chez moi. J’ai besoin d’y revenir. Quand j’étais petite, dès l’âge de 4 ans, je pensais que le monde des rêves était le même pour tous. J’ai été très déçue à l’école primaire puis dans la suite de mes études, car j’attendais des cours sur « l’art du rêve » ou « la nécessité de rêver » qui m’apprendraient ce qui s’y passait. L’art est venu pour palier à cette déception. Je suis capable d’entrer dans mes rêves de façon lucide. Adolescente, j’étais insatiable. J’essayais de discuter avec les personnages de mes rêves, de les questionner, de les accompagner pour qu’ils me donnent des réponses. Au début je me réveillais, puis j’ai appris à étirer l’élastique le plus longtemps possible. J’ai toujours l’impression de deux mondes se déroulant en parallèle continûment. Le jour j’avais toujours hâte de revenir pour voir ce qui s’était passé la nuit dans le temps du rêve. Maintenant je ne cherche plus à comprendre, je m’abandonne et je participe au voyage onirique, comme si c’était le dernier à chaque nuit. Du coup, mon approche du costume est essentiellement intuitive. Je ne suis pas intellectuelle, mais plus dans mes sensations. Le rêve est mon point de départ. Hamblet-Machine, 2001, m.e.s. Brigitte Haentiens (© Julie Charland) Le costume et le voyage : se laisser le temps de faire, aller à ma façon, laisser les autres aller à la leur Dans votre enfance, la robe de nuit était « un vêtement d’astronaute ». Vous le mettiez pour partir dans un grand voyage. Au théâtre aussi, comme la metteure en scène Brigitte Haentjens, vous aimez plonger intuitivement dans l’aventure. Vous allez à votre rythme. Vous vous laissez le temps. Vous aimez aussi vous laisser surprendre par le travail des autres membres de l’équipe. S’ils transforment vos costumes par un jeu de lumière inattendu par exemple, vous « laissez aller, pas par manque d’intérêt, mais pour les laisser exister. » Je cherche quel vêtement donner au comédien pour qu’il fasse son voyage. D’abord, je tiens compte de son confort. Un peu comme pour un vêtement de nuit. Je fais attention à sa liberté de mouvements et à l’aisance de sa respiration. J’utilise des fibres naturelles, des soies et des cotons. Le costume est là pour soulever le comédien. Pour faire le pont entre lui et l’œuvre. Pour qu’il puisse s’abandonner. Le costume est comme une carapace pour certains. Il est aussi une forme de transition. Les comédiens enfilent le costume quand ils arrivent en loge. Lorsqu’ils le mettent sur eux, quelque chose commence. Cela se concrétise. Ils se préparent ainsi au voyage. C’est un rituel. Je cherche aussi des vêtements esthétiques qui jouent avec les lignes du corps, comme une sculpture, pour le magnifier en simplicité. Avant, je dessinais les costumes. Les maquettes étaient très importantes pour moi. Maintenant, le théâtre a évolué. Il y a beaucoup des contraintes financières et de temps. Je saute souvent l’étape de la maquette peinte. À la place, j’utilise des photos montages d’ambiance. Je réserve le dessin pour des œuvres visuelles qui seront plus accessibles à tous. Je travaille avec le designer Yso : nous avons développé ensemble un langage. Nous sommes deux artistes libres avec deux esthétiques différentes qui se complètent. Yso vient du monde de la mode. Il est tout en douceur et en délicatesse. Je crois qu’il s’intéresse davantage aux costumes de femme et moi à ceux des hommes. J’aime imaginer que nous sommes les deux « anima et animus » des rêves. Le féminin et le masculin. Nous collaborons depuis vingt ans. Nous partageons nos idées et il réalise la coupe et la confection. Nous conservons chacun notre liberté de création. Nous collaborons dans le partage sans chercher à imposer chacun nos idées. Nous privilégions l’œuvre réalisée

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Rodney Saint-Eloi, « Mille vies comme la mienne » (Québec)

Rodney Saint-Eloi, « Mille vies comme la mienne » (Québec) Rodney Saint-Eloi est poète et éditeur. Il dirige les éditions Mémoire d’encrier qu’il a fondées à Montréal en 2003. Il est auteur de nombreux recueils de poésie et directeur d’ouvrages. Sa maison d’édition publie des écrivain.e.s autochtones, antillais.e.s, arabes, africain.e.s, dans leurs langues personnelles et en français, dans l’ambition de « rassembler les continents et les humains pour repousser la peur, la solitude et le repli pour pouvoir imaginer et oser inventer un monde neuf. » Chanter « les bruits du monde » et « l’autre en nous », permettre qu’émerge la parole de l’autre traversent l’écriture et le travail d’éditeur de Rodney Saint-Eloi. Propos recueillis par Anne-Marie Zucchelli, Montréal, 13 septembre 2021 Un engagement humain nécessaire Rodney Saint-Eloi, vous écrivez dans Récitatif au pays des ombres, « je me mets à ruminer mille vies comme la mienne ». Un engagement humain nécessaire, exigeant et nourri de votre histoire personnelle soutient votre parole poétique comme votre travail d’éditeur. Je pense que nous détachons trop l’art de la vie. Les mots s’éloignent de la réalité des choses. Je me sens souvent en décalage et je lutte pour ressembler à ce que je fais. C’est mon combat. Je pense qu’il faut incarner l’idéal, le porter dans notre vie, réduire la distance entre nous-mêmes et nos rêves. Si nous faisons de la poésie, c’est dans notre vie. La poésie est notre manière de respirer, d’habiter, d’être ensemble. La poésie est partout. Éditer représente un pouvoir immense et symbolique. Nous ne nous rendons pas compte de l’usage que nous faisons de ce pouvoir, d’autant plus que nous sommes des êtres malicieux. Nous sommes dans des nœuds que nous essayons de dénouer et nous faisons semblant d’être des victimes. Pourtant, nous exerçons un certain pouvoir car les mots représentent le pouvoir. Il y a un pouvoir de la parole. Alors, quand nous l’avons, il est important de faire silence et laisser entrer en nous d’autres vies qui n’ont pas cette chance. C’est pourquoi j’ai écrit : « Je me mets à ruminer mille vies comme la mienne ». Je suis haïtien. Je suis né quelque part et je fais partie d’un collectif. C’est un privilège pour moi de pouvoir lire, écrire et rencontrer des gens comme vous, au lieu d’être resté dans mon village, à chercher du matin au soir l’eau, la nourriture. C’est d’autant plus important pour moi de laisser la place à d’autre vies et d’autres langages. Je suis toujours dans un procès d’altérité. Je ne peux pas simplement être moi-même. Ma vie prend sens quand elle peut servir. Cependant la pauvreté a de grandes richesses. Elle oblige à ouvrir l’espace, car l’espace est exigu quand on est pauvre. On doit tenir compte de l’autre. On n’a pas de chambre à soi. Lorsqu’on a un frère, il est toujours en face de nous. Les espaces ne sont pas séparés. Il n’y a pas non plus de la nourriture pour les chiens et une autre pour les humains, ni pour les vieux ni pour les jeunes. C’est un mécanisme inventé par l’Occident. L’individu est toujours dans la communauté et au service du village. Ce sens du commun est fort. Mais lorsque l’on vit sur une île, on n’a qu’une idée : regarder l’autre bord et s’en aller là-bas. Toutes les nouvelles qui viennent de loin paraissent très bonnes. Alors on échappe au destin. Mais on est toujours lié à cette communauté. C’est à notre tour de dire : si je deviens un héros, c’est pour cette communauté. Ce « chant commun » reste une urgence pour moi. La femme qui m’a appris à lire, ma grand grand-mère Tida, ne savait pas lire. Lorsque j’ai été admis à l’Académie des lettres du Québec, on m’a demandé d’écrire un texte. J’ai écrit que j’étais le fils de Tida et qu’elle ne savait pas lire. Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est la mémoire de ceux qui nous ont précédé, de ces individus-là. Tida me faisait lire dans la Bible les Psaumes. Je répète toujours le psaume 23 qui a fondé ma vie : L’Eternel est mon berger : je ne manque de rien. Il me fait reposer dans de verts pâturages,  Il me dirige près des eaux paisibles. Il restaure mon âme,  Il me conduit dans les sentiers de la vie juste A cause de son nom. Pour moi qui grandissais dans l’abondance de la nature, ce n’était pas fictif. Mais j’ai aussi été élevé sous la dictature qui fait que chaque mot compte. J’ai donc été entouré à la fois de tendresse et de violence. Quand j’ai découvert que Tida ne savait pas lire, cela a changé pour moi le sens des choses. Les gens qui ne savent pas lire ne sont pas des imbéciles. Il faut les écouter. Tida m’a appris à redéfinir le sens du verbe donner : donner en effet n’est pas donner ce qu’on a ,mais donner ce qu’on n’a pas. Par exemple, chez Tida on ne mangeait pas du poulet les jours de la semaine, pourtant si un visiteur quelconque arrivait un lundi, elle offrait le poulet. De même, elle sortait les draps jamais utilisés et précieusement conservés. J’ai mené des chantiers d’écriture. C’est un vieux projet monté à l’Institut français de New York avec une amie. Je l’ai fait car j’écris pour rencontrer l’autre et sortir mes propres vulnérabilités. Être moi-même, aller au fond de mes propres désastres. Pour être il faut se mettre à l’écoute des autres. Au Sénégal, on m’appelle wagane « celui qui n’est pas encore vaincu » ou « le guerrier ». À Mingan, au village Innu, les autochtones m’appellent dans leur langue le « gros gros chat », c’est-à-dire le « roi de la forêt ». L’exil et le voyage L’exil et le voyage sont des thèmes récurrents dans votre poésie. « J’habite loin de mon île », dites-vous (Nous ne trahirons pas le poème), ou encore « Je scelle mon alliance avec l’exil » (Je suis la fille du baobab brûlé). Vous écrivez que vous vivez « entre-baillé ici-ailleurs » (J’ai un arbre dans ma pirogue). La poésie ouvre une route. Vous vous mettez en

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Katja van den Enden, Scattered #28 Of two minds, 2020 (Québec)

Katja van den Enden, Scattered #28 Of two minds, 2020 (Québec) Katja van den Enden, présentée à La Guilde, Montréal, septembre 2021 21 septembre 2021 : Sur le fleuve, ce que je crois être de l’écume s’élançant vers le ciel, bélugas et baleines rompent la surface lumineuse qui me porte. Douceur sans fin. https://www.katjaart.com/recent et https://laguilde.com/blogs/expositions/la-ceramique-en-plein-essor

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Dionne Brand, L’amour, à peu près (Canada)

Dionne Brand, L’amour, à peu près (Canada) « Ça vole en éclats, ça s’éparpille, tu continues. Lorsque le crayon se pose comme un reproche sur les ruines encore fumantes, nous laissons la destruction faire ses vocalises à nos oreilles. Nous mettons en chant d’autres mondes. » 16 septembre 2021 : Que ferions-nous autrement sans cet ailleurs incandescent qui vit en nous comme un point désirable ? Dionne Brand (traduction de Nicole Côté), L’amour, à peu près, Montréal, Ed. Triptyque, 2017

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Elkahna Talbi, Pomme Grenade (Québec)

Elkahna Talbi, Pomme Grenade (Québec) « Pomme Grenade, c’est moi moi qui tente de désobéir de libérer ce corps pour goûter à l’amour, sans me trahir » Désobéir. Ne plus mentir. Se débarrasser des images. Suspecter « l’exotisme / voyage de courte durée ». Dénoncer : « tu veux / que je crie ton nom / sans jamais entendre le mien » Eprouver. Parler de ce qu’elle éprouve. Se perdre. « Je suis / ton / fantasme / sans domicile fixe ». Parler à vif. La bouche ouverte. « Comment quelque chose de si intime à moi mon sexe comment peut-il être si politique je ne me possède pas sans papiers. » Sentir l’empêchement. Dire ce qui était muet. Effriter les frontières. Abattre les murs. Recycler les images, «  femme / amour et / mélanine » et «  ton sexe / arme blanche » Essuyer la blancheur qui recouvre tout. Être sans faire image. « J’ai souvent fait l’erreur de suivre mon chemin à l’œil c’est dans le goût que je loge. » Goûter la bouche, la langue, le sang, la peau. Une odeur. Et goûter la joie de goûter. L’insolence charnelle. Entendre la peau vibrer. Sa grâce organique. Son trouble, « je tache / indéniablement / grenade. » Devenir corps. Pas un pays, pas une religion. Fabriquer sa propre lumière, des mots luisant comme deux verres qui s’entrechoquent. « Surtout ne prends pas peur quand tu entendras ma voix je n’ai jamais appris à parler au rythme d’un cœur comme le tien. » Note de lecture par Anne-Marie Zucchelli http://memoiredencrier.com/pomme-grenade/ et une courte présentation par l’autrice : https://www.youtube.com/watch?v=vVKslW59xf4

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